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« Gagner ses pénates »

Voilà un petit livre qui vous fera découvrir un agent immobilier vraiment singulier ! Ici, les clients expriment ce qu’ils veulent, ou ne veulent pas (!) avec leurs mots, leurs émotions, leurs non-dits. Hélène en fait son miel puis avec efficacité, humour et passion, elle vous emmène à un rythme effréné chasser la demeure idéale… de petites histoires qui se lisent vite, très vite sans que l’on puisse lâcher le livre… « Original, amusant et bien écrit. Unique en son genre. Un petit livre qui fait du bien ! Deux heures de plaisirs garantis » client Amazon.


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Analyse et joie de vivre, légèreté et profondeur, humour et sérieux… voilà en 5 minutes, un aperçu du fameux livre « Gagner ses pénates » d’Hélène !  A vous de jouer et de tenter de gagner votre exemplaire !

Règles du Jeu Concours « Gagner ses pénates »  : 

– Tout le monde peut participer gratuitement sans engagement.
– La participation au jeu permet de gagner 1 livre même si les réponses sont erronées.
– Les internautes font le choix de participer ou non au tirage au sort des prochains gagnants en envoyant librement à la fin du jeu leurs coordonnées par mail.
– Le prochain tirage au sort des 10 prochains gagnants sera effectué le 1er décembre 2017 et les gagnants, après avoir été avertis, recevront directement le recueil à l’adresse de leur choix. 

Bonne chance à tous ! Hélène. 

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EXTRAIT DU LIVRE

Le pigeonnier 

On l’appellera Olivier. C’est un personnage français médiatique. Ce touche à tout talentueux a plusieurs cordes à son arc mais nous dirons qu’il est écrivain. S’il vient me voir ce matin, c’est justement qu’il cherche un refuge pour écrire au calme, un lieu à l’écart du tumulte, un temple de la création. Il ne sait pas exactement ce qu’il veut et c’est sa difficulté. Ce qui ne se pense pas s’énonce malaisément. Il se figurait qu’en s’adressant à des professionnels, il serait coaché. Que nenni ! Voilà qu’il s’emballe et je ne pouvais pas m’imaginer, toutes choses égales, monsieur Olivier aussi incisif. Chat échaudé craint l’eau froide, il n’aime pas les agents immobiliers. Un ami qui lui veut du bien a conduit ses pas dans mon bureau, c’est l’ultime effort assure-t-il, parce qu’il fatigue de se faire trimbaler. Je lui enjoins de ne plus bouger, je lui apporte un café. Je devrais plutôt lui faire un décaféiné ?  « Ok, je coopère », ironise-t-il. C’est bon, il a gagné  la capsule tonique.

 Le lieu n’a pas grande importance, si ce n’est qu’il doit être le plus sauvage possible, mais quand même à cinq minutes des commodités. Il n’aime pas conduire. Au volant, j’ai personnellement une impression de liberté, ça n’a rien d’original. Mais pour lui, c’est le comble de l’ennui et presque du tourment. Il voit que je compatis, alors il poursuit avec un sourire discret et des mots susurrés. Non, il lui faut plutôt une gare TGV avec accès direct à Paris, pour rejoindre son pied-à-terre de la capitale, business oblige. Sans cela, cela ferait longtemps qu’il se serait établi dans quelque sanctuaire… Le trajet direct est important. « Parce que voyez-vous, sinon, je me plante ». En pince-sans-rire professionnel, il explique qu’il n’y coupe pas : à chaque changement, il loupe la correspondance. Le bruit l’agresse, les bavardages l’insupportent et la promiscuité l’étouffe. Alors il s’isole comme il peut, par protection, avec un casque sur les oreilles et une bonne lecture sous les yeux. Et son cerveau voyage, pense, médite, rêve ou s’endort, si bien que quand il sort de sa torpeur, c’est l’alerte rouge. D’ailleurs, précise-t-il à l’occasion, « je ne sais pas attendre. Dommage pour vous, je préfère vous prévenir ». On a déjà gagné du temps… Il ajoute brusquement que tout ça devait rester entre nous, il veut dire que je ne le connaissais pas, que je ne l’avais jamais vu et que ses tribulations immobilières devaient rester confidentielles. Je le rassure, c’est une exigence coutumière. Et puisque nous sommes dans le secret, je lui demande le quartier de sa garçonnière, en précisant sur le champ qu’il s’agit d’une interrogation strictement professionnelle pour déterminer la gare parisienne à privilégier.

 Je lui brosse ce qui l’attend, comment je procède, nos rôles respectifs. Ça lui plaît. Il est justement venu ici pour en faire le minimum. Répondre à une interview et exprimer un sentiment, c’est tout à fait dans ses cordes, dans son genre il me dit être un peu entraîné. Ça tombe bien, il n’aura que cela à faire. A propos, je lui suggère de me dépeindre ses pénates. Apparemment c’est le foutoir. Il espérait une âme sœur souveraine mais l’espoir est déçu. Les papiers, les livres et les tableaux, voilà les constantes. Une bonne dose de lumière et du champ libre à la fenêtre pour s’ouvrir au monde. Saupoudré d’un peu de cosy pour le confort et l’équation est résolue. Un zeste authenticité est toujours apprécié. Le style ? Il rit, il trouve son style plutôt pas mal… Bien sûr, moi aussi, mais Olivier serait plutôt François Mansart ou Philippe Starck ? Il est en apnée : les deux souffle-t-il. « Enfin, XVIIe oui mais pas Mansart, en fait ». On discute, il a l’esprit large mais il faudra éviter le baroque, le trop bourgeois et le prétentieux. C’est l’environnement qui prime. On parle peinture. Après m’avoir demandé si j’étais de la police, il fini par exposer ses goûts. Là aussi, de l’éclectisme, mais surtout des couleurs, de la lumière, de l’abstraction, des sensations aériennes. Je fais ma madame Irma pour défricher des pistes : je veux dire en substance « pour vous je vois la campagne avec du dégagement, de la forêt au fond, un peu isolée pas trop loin d’un bourg ; un peu de relief, pas trop, ça serait trop rugueux, et la mer ne vous attire pas ». Il est content.

Séquence scientifique. Je me plonge dans mes cartes anamorphosées. Comment ça vous ne comprenez pas ? C’est pourtant simple. L’anamorphose est une déformation de l´espace à partir un modèle mathématique d’interpolation vectorielle en fonction de données réelles. Pour les littéraires, on va dire que je détiens des cartes déformées en fonction des temps de parcours, en train par exemple. Comme je suis sympa avec Olivier, j’augmente un peu la dose de soleil et je trace une ligne Rennes-Belfort. Il m’a surtout parlé de lumière, c’est vrai, j’extrapole un peu. On ne s’affole pas, la démarche est réversible. Pour le temps de transport, je le paramètre à plus ou moins deux heures, ce que je pense être un bon compromis pour un homme pressé. La vie d’Olivier offre toutefois de la souplesse sur cet aspect. Pourquoi pas une seule heure, me diriez-vous ? Parce qu’à l’évocation de Compiègne, Rambouillet et Orléans, Olivier se sent banlieusard. Ce qu’il veut c’est le bocage normand sans la pluie.  Et puis, pour tout vous dire, on a parlé chiffres aussi. C’est que pendant la séquence scientifique, on ne parle pas seulement en heures et kilomètres ; on parle surtout avec les Keur, comprendre Kiloeuros. Plus hauts les Keur, tu Meur. La brique est dépassée, même dans l’immobilier. Or, Olivier a la propriété extensive. La semaine, c’est le temps de l’espace intemporel, le week-end, celui des amis, beaucoup d’amis. On rapporte les mètres carrés et les hectares aux Keur, on écarte la pampa monotone et je trace trois patates en première analyse, les hypothèses de travail seront amendées au besoin : Tours-Angers, un ensemble de spots entre Poitiers et Angoulême et Montbard-Lyon. Les deux premières options sont reliées à la gare Montparnasse, la dernière à la gare de Lyon. « Banco pour l’Ouest », réagit Olivier, de surcroît « le climat est plus tempéré ». Je promets un premier échantillonnage rapide. Il n’aime pas attendre.   

 Les mêmes, un petit bout de temps plus tard. Olivier est assis dans le même fauteuil avec la même posture, la jambe gauche sur l’autre, les coudes en surplomb des accoudoirs et les mains croisées sur le ventre. On ne peut pas dire que c’est l’ouverture totale sur le monde. Le menton est plutôt rentré, le regard est bas. Le pied en hauteur esquisse quelques battements frénétiques. On dirait que je vais lui annoncer les résultats de ses analyses de sang. Fermez les yeux….expirez profondément, ouvrez les yeux, toc ! Le diaporama est lancé. Val de Loire, un manoir XVIIIe atypique, lignes épurées, grandes ouvertures sur le parc, des vallons à l’horizon… Il pose ses jambes à terre, se redresse et lance « c’est pas mal du tout ça ! ». Je propose de poursuivre, à chaud, on analysera ensuite… Val de l’Indre, une maison d’architecte, l’environnement est similaire à celui du manoir. « C’est vrai qu’il y a tout, sauf l’âme… ». Ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui. Je m’y attendais mais il fallait qu’il éprouve la sensation par lui-même. Vallée de l’Echelle – Charente –, un hameau rural qui pourrait dater du XVIIIe siècle vu de l’extérieur. En fait, chaque siècle lui a apporté des éléments de confort, les éléments les plus anciens, visibles à l’intérieur étant moyenâgeux. Brut mais harmonieux, simple mais confortable, il présente aussi l’avantage d’être gai avec ses moellons à la chaux et ses tuiles orangées qui sentent déjà le Sud. Olivier reste silencieux mais sa bouche est entrouverte. Elle l’est encore un peu davantage quand, sur le panoramique, une petite brume nimbe les vallons boisés. La séquence est quasi terminée. Je romps le silence pour ajouter que les bâtiments périphériques peuvent héberger ponctuellement les hôtes de passage en autonomie,  avec des charges annuelles par ailleurs réduites. Et puis, il y a le pigeonnier, tour d’ivoire par excellence, qui  célèbre la nature.

« On peut visiter ? ».


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